Reprendre le piano à l’âge adulte : obstacles et facteurs de réussite

J’ai moi-même vécu cette étape puisque je suis entré au conservatoire tardivement : à 26 ans ! Avant cela, j’avais fait beaucoup d’aller-retours avec l’enseignement musical et passé de nombreuses années à l’écart de mon instrument. J’ai fini par développer ma propre approche qui m’a permis de continuer à progresser au piano à l’âge adulte, sans entrer dans les standards de l’enseignement qui ne me convenaient pas.

Par ailleurs, il y a aussi et surtout les nombreux élèves que j’ai rencontrés par la suite en tant que professeur. Chacun, avec leur histoire et leur parcours, avait arrêté de nombreuses années de jouer au piano et souhaitait s’y remettre. Je ne pensais pas en rencontrer autant dans ce cas avant de démarrer l’enseignement !

En croisant mon expérience avec la leur, j’ai petit à petit identifié avec plus de précisions les facteurs et moyens efficaces pour réussir leur reprise et leur permettre de reprendre leur rêve là où ils l’avaient laissé 🙂 Je voudrais donc vous parler ici des principes fondamentaux qui selon moi permettent de franchir ce cap.

Reprendre le piano à l'âge adulte
adulte jouant au piano

Les obstacles pour reprendre le piano à l’âge adulte : fausses croyances

En effet, en réalité, le principal obstacle pour réussir cette reprise sont les fausses croyances. Que celles-ci concernent des opinions sur tel ou tel sujet, ou une vision erronée que l’on a de soi-même. Vision qui la plupart du temps était tout simplement reliée à une tentative de rentrer dans le modèle qu’on nous proposait.

Je vais aborder deux grands thèmes qui nous empêchent de dépasser d’anciennes manières de penser. Le premier concerne le fonctionnement de la mémoire. L’idée est de remettre à jour certaines croyances et opinions à ce sujet. Le deuxième est plus psychologique et tourné vers soi.

Comprendre les facteurs qui nous limitent ne nous fournit pas le contenu de la connaissance pour progresser. Mais cela fournit l’espace qui va permettre à la variété des outils et méthodes de pousser en nous et de donner leurs fruits 🙂

Le fonctionnement de la mémoire

Le premier grand domaine touché par nos croyances sur comment réussir à jouer du piano “après tout ce temps sans n’avoir rien fait ?? Ô misère”… C’est la mémoire.

Peu d’entre nous n’ont pas été admiratifs et même désemparés face à la capacité de certains concertistes à reproduire de mémoire une si grande quantité de notes, en rythme, face à un public, sans erreurs, etc.

Les concertistes investissent une énorme quantité de temps dans leur art pour arriver à un tel niveau. En se comparant à eux et à leurs résultats plutôt qu’au processus, cela renforce généralement notre croyance sur le sujet. D’autant qu’on peut viser plein d’autres objectifs enthousiasmants et raisonnables que le poste de concertiste international 🙂

Cette fameuse croyance s’exprime en deux phrases que j’ai entendues un si grand nombre de fois, et que j’ai moi-même beaucoup pensé et prononcé :

“Il est trop tard”

“Je suis trop vieux / vieille”

La quantité de temps pour jouer du piano à l’âge adulte

Le premier mythe concerné par ces opinions négatives est la quantité de temps nécessaire pour apprendre.

En réalité, il s’agit plutôt d’une qualité de temps que d’une quantité.

Ce mythe tenace est notamment exprimé dans la théorie “10.000 heures pour devenir un spécialiste”. J’analyse plus en détails cette théorie qui me semble erronnée dans mon article sur la technique au piano.

Prenons un exemple très simple pour comprendre ce que je veux dire. Imaginez devoir amener une pierre de 50kg avec la seule force physique d’un point A à un point B. Imaginez ensuite pouvoir faire cette opération avec l’aide d’un dispositif faisant rouler cette pierre. Ou encore un véhicule pouvant emmener cette pierre.

Il y a en réalité une grande quantité de possibilités pour réussir cette opération. Certaines demanderont bien plus de temps et d’énergie que d’autres. C’est la même chose pour l’apprentissage. Selon votre méthode et vos outils, vous ne passerez pas exactement par les mêmes chemins et n’aurez pas besoin de la même quantité de temps

Dans la très grande majorité des cas que j’ai rencontré auprès de mes élèves, ce n’étaient jamais l’objectif qui était trop élevé et qui demandait trop de temps. Ni le manque de talent (encore un mythe) ou le mande d’envie. C’était la relative inefficacité des moyens pour y arriver qui eux, nécessitaient une énorme quantité de répétition et donc de temps.

L’âge du cerveau

L’autre mythe consiste en la croyance que l’on apprend plus vite en étant plus jeune. Apprendre le piano à l’âge adulte serait plus difficile.

Ce n’est pas faux, statistiquement. Mais pour la raison que l’on croit : pas à cause de la nature de notre cerveau.

La science a démontré depuis quelques années déjà que nous continuons à créer des neurones jusqu’à un âge très avancé. Et les recherches neurologiques ont même découvert que les chemins neuronales pouvaient être totalement changé et adapté selon le besoin (par exemple lors d’une infirmité).

Si vous voulez en savoir plus sur ces faits scientifiques et sur la mémoire, je vous invite à lire mon article détaillé sur le sujet ici.

Les efforts et la souffrance

De ces deux types de croyances erronées sur le fonctionnement de notre mémoire, de notre cerveau et de l’apprentissage découlent deux réactions.

Ces deux réactions contribuent elles-aussi à nous freiner dans notre désir profond d’enfin réussir à progresser avec plaisir et régularité au piano.

La répétition

La première réaction la plus simple et malheureusement encouragée parfois par des professeurs à cours de propositions alternatives est la répétition.

Je n’ai rien contre la répétition. Il ne faut juste pas la prendre pour une solution, mais pour un moyen. Lorsqu’il y a un blocage, quelque chose qu’on n’arrive pas à retenir ou même un manque de progression… la solution ne sera jamais dans plus de répétition.

Ou alors, il faudra beaucoup beaucoup de répétitions. Et personnellement, c’est ce modèle inefficace et ennuyeux qui a grandement contribué à me faire abandonner le piano plus jeune. C’est aussi ce qui nous fait croire qu’on ne peut apprendre le piano à l’âge adulte par manque de temps !

Là aussi les recherches sur le cerveau et les mécanismes d’apprentissage démontrent l‘importance de la part active liée à la créativité par exemple. Cela s’exprime notamment par le concept de “mémoire reconstructive“.

De manière plus générale, on peut dire que c’est la création consciente de connexion dans notre cerveau qui créé la mémorisation. La répétition inconsciente et mécanique se trouve donc à l’opposé…

Là encore, pour plus de développement et d’infos sur ce mythe de la répétition, vous pouvez lire mon article “Mémoriser au piano”.

Le refus de la démotivation

La deuxième réaction à toutes ces opinions et croyances est le refus de notre démotivation progressive. Car ne remettant pas en question les modèles, il n’y aurait plus que nous qui serions responsable de notre échec, et surtout, aucun autre moyen d’y arriver. Il faudrait donc persévérer ou abandonner, pas d’autres alternatives. Quelle pression !

Il y a bien sûr différents facteurs à la démotivation, et l’un d’eux pourrait être le manque d’investissement en terme de temps et d’énergie. Mais soyons logique, si l’on désire quelque chose, et que l’on voit qu’on a les moyens d’y arriver, nous ne perdrons a priori pas notre motivation.

La motivation se perd lorsque l’on ne croit plus au moyens pour nous permettre d’arriver à notre but. Et si ces moyens étaient en vous ? Je ne parle pas de cette phrase bateau de développement personnel mais de réels mécanismes cérébraux que vous n’avez tout simplement pas pris l’habitude d’activer.

Reprendre le piano à l’âge adulte : changer pour réussir

Constat et déculpabilisation

Reprendre le piano demande principalement de changer. Pour changer il faut accepter le constat que notre tentative précédente a échoué.

Non pas pour se culpabiliser et ré-essayer la même méthode avec plus d’effort. Ce qui risque de simplement reporter un nouvel arrêt avec plus de culpabilité et de frustration…

Mais en essayant de déterminer objectivement ce qui pourrait être changé dans la méthode d’apprentissage.

D’où l’importance de se détacher des croyances précédentes et de prendre conscience de leur erreur. Car sinon on a tendance à penser que c’est nous qui avons un problème et on ne se permet pas de chercher d’autres modèles plus efficaces.

Je ne pense pas remplacer un modèle par un autre qui serait le bon 🙂 Je pense qu’il n’y a pas de modèle car chacun est différent. En revanche, il y a des principes fondamentaux, qui eux peuvent conduire à des modèles et méthodes variés et efficaces.

Le pouvoir de la conscience

L’un des principes fondamentaux de l’efficacité de l’apprentissage réside dans le pouvoir de notre conscience.

Tout ce qui est fait avec conscience permet au cerveau de créer de nouveaux chemins neuronaux, d’en renforcer certains au détriment d’autres.

Joe Dispenza

Pour illustrer cela, je vous invite à visionner une vidéo d’un célèbre auteur américain : Joe Dispenza. Mais avant cela, quelques mots sur cet auteur.

Suite à un accident grave qui devait le laisser handicapé, il a réussi à remettre son corps en état par le pouvoir du cerveau. Il s’est alors engagé dans la recherche en neurobiologie est devenu docteur et conférencier. Il anime des ateliers et partage ses découvertes et expériences sur les effets du cerveau.

Apprentissage et visualisation

Je voudrais partager cette vidéo car il y rapporte les effets d’une étude sur des joueurs de piano. On y découvre les résultats scientifiques d’approches mentales, notamment la visualisation. Je vous laisse regarder :

La pleine conscience

Dans le même ordre d’idée, développer un maximum de conscience de ce que l’on est en train de faire lorsqu’on joue du piano maximise nos connexions cérébrales et la qualité de celles-ci.

Cela peut être par la visualisation active de chaque note que l’on joue. Par la compréhension conceptuelle, notamment grâce à la connaissance harmonique. Par l’attention méticuleuse à notre corps, nos gestes, nos doigts

Chacun va poser sa conscience sur tel ou tel aspect avec sa propre particularité. De la même façon que les chercheurs en neurobiologie constatent l’existence de “signature” dans les scanners des cerveaux de méditants. Chacun pratique la pleine conscience à sa façon ! 🙂 Mais toujours dans le développement d’un certain type d’attention.

Cerveau logique

Il y a plein de types de mémoires différentes qui se combinent et se complètent.

Mais l’une des différences fondamentales entre un adulte et un enfant est le besoin pour l’adulte de comprendre ce qu’il fait. C’est en réalité cela qui créé un écart dans l’apprentissage du piano à l’âge adulte, pas dans les facultés ou compétences neuronales individuelles.

Un des meilleurs moyens, selon moi, d’apprendre ou ré-apprendre le piano à l’âge adulte, est de percevoir la logique à l’œuvre derrière les notes.

Par exemple, regrouper les notes par accords et petit à petit se diriger vers l’harmonie est un excellent moyen de jouer avec les notes et la composition. On peut aussi ré-arranger et recomposer la structure dans son cerveau, ce qui renforce la qualité des connexions. Et c’est aussi très amusant !

Vous pouvez télécharger mon guide gratuitComprendre et improviser au piano grâce aux accords” pour vous initier à cette méthode d’apprentissage basée sur la logique et les accords. Cliquez ici pour en savoir plus. Ou remplissez les champs suivants pour le recevoir directement :

Changer pour apprendre le piano à l’âge adulte

Comprendre et accepter que l’on ne fonctionne pas comme on l’avait crû est déjà une étape primordiale. Tout comme la connaissance du fonctionnement de l’apprentissage est d’une aide précieuse.

Néanmoins, le plus difficile reste de changer. En réalité, c’est aussi et surtout une nouvelle aventure, qui ne tardera pas à donner des fruits. L’excitation ne sera pas seulement due à la nouveauté cette fois mais aussi à la conscience et la sensation que l’on se reconnecte à notre propre pouvoir d’apprentissage.

Difficulté de changer d’habitude

La difficulté est de rester vigilant sur nos anciennes habitudes.

La répétition, l’absence de conscience… Les habitudes neuronales ont la vie dure. Et même si l’on a compris, intégrer une nouvelle habitude prend du temps.

C’est la même chose pour les croyances et les pensées. N’avez-vous pas déjà remarqué comme certaines de vos prises de consciences qui pourtant vous ont semblé majeures, ont eu besoin de revenir plusieurs fois pour s’ancrer réellement ?

Les habitudes physiques comme psychologiques ont la vie dure. Et c’est justement là que l’apprentissage réside : dans le changement ! 🙂

Richesses de l’apprentissage de soi

Comme je le disais, apprendre le piano à l’âge adulte c’est une aventure qui n’enrichit pas seulement nos compétences mais notre compréhension de nous-même.

En développant plus de conscience dans notre travail, on en développe aussi au quotidien. Cet entraînement à la vigilance intérieure est bénéfique sur plein d’autres plans dans notre vie et renforce notre confiance en soi.

On retrouve également la curiosité et le goût du chemin à parcourir plutôt que l’obsession pour le résultat et la comparaison avec autrui.

Acceptation et amour de soi

En conclusion, tout ce chemin mène en effet à une meilleure acceptation de nos fonctionnements.

En abandonnant les mythes on abandonne aussi la gloire illusoire qui se cachait derrière ces épreuves de force dont on aurait voulu être le héros. On peut alors accepter d’avoir nos propres objectifs, notre propre rythme, tout en ayant pleinement confiance en nos capacités à y parvenir 🙂

Et vous qu’en pensez-vous ?

Et vous, avez-vous vécu ce genre d’arrêt et de distance avec le piano ? Peut-être vous êtes-vous déjà senti déçu(e) d’un enseignement ou de vous-même ? Ou bien avez-vous déjà ressenti ce que cette conscience active représente lors de votre travail pianistique ?

Partagez votre expérience et votre opinion dans les commentaires 🙂

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8 réponses sur “Reprendre le piano à l’âge adulte : obstacles et facteurs de réussite”

  1. Bonjour Cazimir,
    Merci pour ton article. Je suis multi instrumentiste, le piano c’est l’instrument que j’ai commencé en dernier. A l’âge de 40 ans pour tout te dire. J’en ai 47 et c’est vrai que ce n’est pas toujours facile surtout que tu dois te transformer. J’ai dû changer certaines habitudes que j’avais prise parce que je pianotai un peu avant (comme tu le dis les réflexes neuronal ont la vie dure lol) mais c’est un instrument tellement extraordinaire 🙂

    1. Salut Gabriel, merci pour ton commentaire.
      Félicitations pour ta capacité à jouer plusieurs instruments ! Moi je n’ai jamais appris autre chose que le piano :p
      Oui changer les habitudes peut prendre du temps, mais avec les résultats d’un travail conscient, la motivation perdure 🙂
      N’hésite pas à faire un tour sur mes autres articles et sur ma chaîne Youtube où je donne quelques conseils pratiques pour aborder telle ou telle difficulté (mémoire, rythme, etc.)

  2. Hello Cazimir,
    Je découvre ton blog, joli travail! J’ai beaucoup aimé ton défi Miyazaki 😉
    Notre premier piano arrive à la maison demain #noel… Nous allons donc être plusieurs à débuter le piano à la maison. Quels seraient tes conseils ? Je pense à nous les adultes mais aussi pour les enfants.
    Je fil télécharger ton guide gratuit. A très bientot

    1. Salut Aurélie
      Merci beaucoup pour ton intérêt envers mon blog 🙂

      Pour les enfants je te conseille de commander une méthode pour débutants sur internet, et les guider dans l’apprentissage en leur donnant quelques repères de base (où est le DO central, à quel chiffre correspond quel doigt, quand une note monte sur la partition elle va vers la droite du piano et inversement….). Je comptais justement faire un article sur “mon premier cours de piano” 🙂 Je m’y mets bientôt promis

      Pour les adultes débutants, les premiers repères seront les mêmes. En revanche, démarrer avec un morceau plutôt qu’une méthode, de niveau facile à trouver sur les nombreux sites de partitions en ligne. Et s’initier aux accords avec mon guide 😉 J’ai aussi un article sur le déchiffrage à venir qui pourrait t’intéresser…

      A bientôt 🙂

  3. Merci beaucoup pour cet article, j’ai fait de la clarinette pendant très longtemps plus jeune et j’aimerais beaucoup reprendre. Mais je me heurte à de gros blocages « ça fait presque 20 ans que j’ai arrêté », « je suis trop vieille » etc . Grâce à ton article, j’appréhende moins ma reprise.

    1. Bonjour Julie, merci pour ton commentaire 🙂
      Je suis content que tu puisses remettre un peu en question les croyances qui te freinent dans ton désir de te remettre à la musique.
      Ce sont souvent nos croyances qui nous empêchent de trouver les meilleurs moyens pour avancer sereinement 🙂
      Bon courage et n’hésite pas à partager à nouveau sur ton parcours !

  4. Merci pour cet article qui redonne du baume au cœur et de la motivation à se mettre à la musique. J’ai appris la guitare vers 20 ans sans jamais avoir pris un cours de musique avant, et secrètement j’aimerais bien apprendre le piano un jour. Mais je ne sais pas lire la musique… et le frein c’est surtout ça !

    1. Salut Valentine, merci pour ton commentaire 🙂
      Je suis ravi de pouvoir donner de l’enthousiasme à ton projet !
      Et bien lire la musique aussi cela s’apprend et il n’y a pas d’âge pour cela ! Je ferai bientôt un article avec explications et exercices sur le sujet et comme ça, peut-être que tu n’auras plus d’excuse 😉

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