Comment ne plus régresser au piano ?

Curieux comme question. Comment pourrait-on régresser au piano alors qu’on continue à travailler ? Et pourtant… D’où vient ce phénomène et comment y réagir pour ne plus tomber dans ce piège ? C’est ce que je vais tenter d’éclaircir ici.

Escalier en colimaçon : impression de régression
Escalier en colimaçon. Impression de marches infinies.

La sensation de régresser avec un ancien morceau

Ça nous est tous déjà arrivé. Un jour, on reprend un vieux morceau qu’on avait bossé pendant des heures, des semaines… Et on n’arrive plus à le jouer comme avant. Des fautes qu’on ne faisait pas, des gestes qui ont disparus de notre mémoire…

On a alors la cruelle sensation d’avoir régressé, l’impression d’avoir bossé pour rien puisque les résultats ne tiennent pas. Cette perte peut être plus ou moins grande et provoquer un découragement proportionnel.

Mais que peut-on y faire, à part recommencer ? Ou repartir sur un autre morceau, en espérant cette fois que quelque chose de différent se produira, comme par magie ?

La sensation de régresser avec un morceau actuel

Cette sensation de régression est vécue encore plus douloureusement lorsqu’il s’agit du morceau que l’on travaille sans relâche depuis des semaines.

Au départ très motivé, partant de 0 avec un nouveau morceau, notre progression est souvent rapide. Quand les choses deviennent plus difficiles, on fourni plus d’efforts. Mais la courbe d’évolution se fait de plus en plus lente, jusqu’à stagner et atteindre une sorte de limite. Et pire, à un moment, alors que nous ne tarissons pas d’effort, elle semble s’inverser !

Frustration, découragement

Ô misère, désespoir ! Comment est-ce possible ?

Du calme ! On va en parler 😉 Ayant moi-même vécu ces étapes, j’en ai tiré ma propre analyse et mes propres conclusions. C’est ce que je vais partager avec vous dans cet article. Cela fait partie maintenant de mes outils de travail en tant que pianiste mais aussi en tant que professeur.

Le jugement sur notre performance

Jugement subjectif

Tout d’abord, gardons en mémoire que notre jugement sur notre résultat ou performance est toujours subjectif.

Apprendre à se regarder, l’auto-critique

En tant que grand auto-critique, et je sais que je ne suis pas le seul ;), je peux vous garantir que la différence entre mon jugement sur ma performance et celui des autres peut être vraiment grande. Je ne parle pas d’auto-complaisance. Loin de là.

Pour vous donner un exemple, à ma sortie de conservatoire, à l’examen de piano pour obtenir mon prix, j’étais totalement persuadé d’avoir échoué. Je jugeais ma performance plus que médiocre. J’étais honteux. Pourtant, j’ai non seulement obtenu mon prix, mais également reçu des retours plus que positifs de certains membres du jury…

Cela ne veut pas dire que ma performance était parfaite, loin de là. Ni que ce que je ressentais comme des erreurs et maladresses n’existaient pas. Mais l’importance que j’y accordais était disproportionnée.

Il est très important de se rappeler que notre jugement nous appartient et qu’un jugement objectif sur soi est souvent difficile. Cela nous permet de mieux évaluer les résultats de notre travail et de rester rationnel dans notre avancée.

Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire ce billet sur cette compétence particulière qu’est l’auto-évaluation.

jugement évolutif

Il me semble important de parler aussi du côté évolutif de notre jugement, de nos critères. C’est un aspect qui passe souvent inaperçu.

Étapes de plus en plus dures

Plus vous devenez “expert” en un domaine, plus vous devenez exigeant. Non ? Ça paraît logique. Dites-vous bien alors que plus vous progressez sur un morceau, plus votre niveau d’exigence s’affine, sans forcément que vous vous en rendiez compte.

En devenant de plus en plus exigeant envers vous-mêmes, et qu’en même temps votre progression ralentit, vous pouvez avoir l’impression logique de régresser.

Ben oui, si au début votre niveau d’exigence est relativement bas et votre marge de progression énorme, il est facile d’imaginer qu’avec quelques efforts vous soyez rapidement satisfait du résultat ! Mais plus ces deux tendances s’inversent, plus le résultat semble insuffisant !

Régression des connaissances ou des performances ?

Bon ok. Mais même en relativisant son jugement, il est possible de constater un ralentissement, une limite dans la progression, et même une régression dans une performance par rapport à une autre. Oui, mais il s’agit d’une régression de votre performance, pas de vos connaissances.

En réalité, on progresse toujours. Notre cerveau enregistre sans cesse de nouvelles informations. Ce n’est que la performance qui peut être moins bonne.

Je vais vous expliquer ce qui peut créer le plus souvent une régression dans la performance. Et plus important, ce qui la plupart du temps crée une limite et un ralentissement dans notre progression des informations.

La répétition sans conscience

Je ne rentrerai pas dans cet article dans les détails du sujet sur la mémoire. J’y consacre un autre article à part entière. Mais la grande grande majorité du temps, le ralentissement de la progression est due à un travail devenu inconscient, basé sur la répétition.

Il est temps de changer de stratégie

Comme je l’ai dit, il n’y a jamais selon moi, régression des informations. Mais son évolution peut être de plus en plus lente, pendant que la courbe d’exigence peut se faire plus élevée, elle. Ce qui donne l’impression de régression.

La répétition non consciente se met de plus en plus en place naturellement, dès que l’on acquiert certains repères dans notre morceau. Certes, elle permet une progression des informations, mais de manière beaucoup plus lente. Voilà pourquoi on a l’impression qu’il faut parfois beaucoup répéter.

En réalité, c’est une mauvaise démarche. Elle est peu productive, demande beaucoup d’efforts pour peu de résultats, et ne tient pas dans le temps. C’est la mémorisation consciente qui tiendra et donnera plus d’assurance.

Mais pour moi ça marche très bien la répétition.

La répétition permet l’acquisition d’information, mais de manière plus lente. Son efficacité dépendra du niveau de difficulté auquel vous vous confrontez. Plus l’obstacle est grand, moins la répétition inconsciente sera efficace.

Attention je parle bien de répétition inconsciente, pas de répétition tout court. La répétition est nécessaire et très profitable tant qu’elle est dirigée par notre esprit dans un but précis. Cette vigilance, cette attention, c’est ce que j’appelle un travail conscient.

Le travail conscient

La routine est ce qui favorise le glissement vers un travail basé sur l’inconscient et la répétition. Toute la difficulté est de conserver cette attention au fil du temps.

Peintre devant son sujet

Cette attention, ce travail conscient c’est créer du sens, du lien entre les différents éléments musicaux. Cela peut être visuel, sonore, kinesthésique, etc.

Pensez à un peintre qui étudie le même sujet pendant des années parfois ! Un arbre, un oiseau, un paysage… Imaginez la dose d’amour et de désir pour pénétrer les secrets de ces formes qu’il admire. Il va chaque fois chercher plus loin, un détail, une idée…

Le but est de ne pénétrer chaque fois plus en profondeur, dans le sujet, mais aussi en soi à travers celui-ci. C’est une recherche.

La compréhension et l’utilisation des accords et harmonies est un outil fantastique pour s’approprier les notes et leur donner du sens. En les rangeant dans des concepts qui communiquent entre eux et s’entre croisent, vous créez également des liens dans votre esprit et donc travaillez en conscience. Si cela vous intéresse, je partage une sorte d’initiation à la compréhension et l’utilisation de cet outil dans mon guide à télécharger.

En savoir plus sur le guide “Comprendre et improviser au piano grâce aux accords !”

Le manque d’écoute

Vous l’aurez compris, les facteurs sont multiples et à différents niveaux. Avant de conclure et de vous en rappeler la liste, il reste un facteur important dont je n’ai pas encore parlé.

Toujours rester à l’écoute !

A force de travail, de répétition, on perd parfois le contact sonore avec le morceau. On ne l’écoute plus. Notre cerveau a été habitué à enclencher toute sorte d’autres récepteurs qu’on a estimé favorable à notre progression. L’habitude de la répétition et le confort de la solitude ont pu contribuer à nous éloigner de cette écoute.

Ce manque d’écoute lors de notre performance peut créer à elle seule, en plus d’un manque de musicalité, des erreurs ou imprécisions de toute sorte, et même techniques.

Alors n’oubliez pas de toujours écouter ce que vous jouez 🙂

Conclusions

liste des facteurs de l’impression de régression

  • le jugement subjectif
  • le jugement évolutif
  • la répétition inconsciente
  • l’ennui
  • le manque d’écoute

La routine, l’habitude, si elle est confortable, en plus de ralentir les résultats, ennuie. C’est aussi une des causes du découragement.

A force de vouloir y arriver, et sans savoir comment travailler en conscience, on répète on répète… On glisse de plus en plus vers un travail inconscient, avec de moins en moins de résultat, et de plus en plus d’ennui et de frustration !

C’est cela, en parallèle de nos jugements subjectifs et évolutifs, qui créent la grande majorité du temps l’impression de régression.

Garder l’envie de comprendre le morceau, de ressentir nos gestes, nos doigts, de faire du lien entre chaque chose… Non seulement permet de maintenir en éveil notre curiosité et notre soif naturelle d’apprendre, mais aussi de continuer à progresser de manière pérenne.

Si vous avez déjà lu certains de mes articles, vous savez déjà que ce blog dédié à la libération de votre potentiel au piano se base sur la compréhension ! Une démarche consciente, qu’elle soit conceptuelle ou non, amène toujours des résultats positifs. Dans la vie comme au piano !

Augmenter son niveau de conscience, j’en parle déjà dans mon premier article qui traite de ma démarche pédagogique et des ambitions de ce blog. Je vous invite à aller y jeter un œil si ce n’est pas encore fait 🙂

Bon travail amis pianistes !

Et vous, avez-vous aussi vécu cette situation ? Qu’en pensez-vous ? Partager votre expérience ou votre avis sur la question en commentaire 🙂

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